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Friday, May 24, 2024

Écrire pour faire de la peine? Categorical Occasions

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Je suis en practice d’écrire un essai féministe, un pamphlet qui, je l’espère, va faire jaser et brasser la cabane quand il sortira en librairie. 

Et voici l’avertissement que j’ai écrit au tout début du livre : « Aucun lecteur de sensibilité (sensitivity reader ou démineur éditorial) n’a été consulté au second de l’écriture de ce livre. Si vous êtes offensé/blessé/choqué par certains mots, idées ou propos, tant pis ! ».

Le climat intellectuel

L’auteur québécois Kevin Lambert (en lice pour le Goncourt avec Que notre joie demeure) est au cœur d’une controverse en France, parce que son éditeur s’est vanté que Lambert ait fait appel à des lecteurs sensibles, ces personnes qui relisent votre livre pour s’assurer que rien d’offensant ou de choquant ne s’y trouve. 

Le commentaire le plus clever que j’ai lu au sujet de cette controverse vient de l’écrivain québécois Louis Hamelin, l’auteur de La Constellation du lynx, qui kind cet automne Un lac le matin. Voici ce qu’il a écrit sur Fb.

« Que Kevin Lambert et son éditeur aient jugé utile de montrer publiquement patte blanche en dévoilant une pratique qui devrait relever du laboratoire secret de chaque auteur-e peut donner une bonne idée du climat intellectuel dans lequel nous vivons. Voulons-nous réellement lire des romans aussi équitables, dans leur propos même, que le café qui a servi à les écrire ? »

Hamelin a parfaitement raison de s’inquiéter. Les lecteurs sensibles sont aussi appelés « démineurs éditoriaux », comme si on disait aux lecteurs : « Ce livre est une grenade dégoupillée, aucun hazard qu’il vous explose en plein visage ».

Ce qui dérange aussi, c’est que Lambert a qualifié de « réactionnaires » ceux qui s’opposaient au recours à des lecteurs sensibles.

 « On ne voit pas trop remark une telle intervention extérieure, scrutatrice et bien-pensante, pourrait “amplifier” la liberté d’écriture », écrit Hamelin. 

« On a le droit de croire que la littérature est d’abord le libre exercice d’une pensée et d’une creativeness qui ne devraient avoir de comptes à rendre à aucun nouveau curé. »

Le président de l’Académie Goncourt, Didier Decoin, a pris la défense de Kevin Lambert : « Il a voulu ne pas donner un texte prone de froisser des gens. Quand on écrit un livre, on n’a pas envie de faire de la peine. »

Au secours ! Mais c’est quoi cet appel à la nounounerie littéraire ? On oublie l’apport essentiel de tous les auteurs qui ont trempé leur plume dans le fiel ou dans le sang, tous les livres grinçants, dérangeants, agressants ? 

Louis Hamelin a écrit ce commentaire brillant : « Froissons les pages de nos livres, pas les gens… Et lorsque ce courant de pensée aura définitivement subjugué les cases de nos Conseils des Arts, nous serons condamnés à écrire de bons romans inclusifs et diversitaires comme, sous Staline, Khrouchtchev et Brejnev, les écrivains soviétiques produisaient de la bonne littérature socialiste. »

Les champions du mal ?

Dans un milieu aussi frileux que la littérature québécoise, Louis Hamelin est particulièrement courageux de dénoncer les « curés », l’obligation de « bien-pensance », le catéchisme « inclusif et diversitaire ». Voilà un auteur qui n’a pas froid aux yeux.

Ce que je respecte surtout, c’est que Hamelin pose, à la fin de son texte, une query essentielle :

« Lorsque le dernier romancier aura été converti en champion du Bien, qui donc, à sa place, va plonger dans nos zones d’ombre et explorer le mal en nous ? »




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